gastronomie Patrick ChazalletPatrick Chazallet logophots vignes chablis
AccueilRestaurantsGourmandiseVinsMagazine
Accueil > Gourmandise > Histoire des produits > La Truffe de Brillat-Savarin


La Truffe de Brillat-Savarin

Il est impossible d'évoquer la truffe sans citer l'homme qui a le premier écrit sur la gastronomie et le goût : Brillat-Savarin. Je vous propose un extrait de la Physiologie du Goût, la Méditation VII, sur les truffes.

Photo Jean Rummens, Bruxelles.

 

VII. Des truffes. 43

Qui dit truffe prononce un grand mot qui réveille des souvenirs érotiques et gourmands chez le sexe portant jupe, et des souvenirs gourmands et érotiques chez le sexe portant barbe.

Cette duplication honorable vient de ce que cet éminent tubercule passe non seulement pour délicieux au goût, mais encore parce qu'on croit qu'il élève une puissance dont l'exercice est accompagné des plus doux plaisirs.

L'origine de la truffe est inconnue ; on la trouve, mais on ne sait ni comment elle naît, ni comment elle végète. Les hommes les plus habiles s'en sont occupés : on a cru en reconnaitre les graines, on a promis qu'on en sèmerait à volonté. Efforts inutiles ! promesses mensongères ! jamais la plantation n'a été suivie de la récolte, et ce n'est peut-être pas un grand malheur ; car, comme le prix des truffes tient un peu au caprice, peut-être les estimerait-on moins si on les avait en quantité et à bon marché...

De la vertu érotique des truffes. 44

Les romains ont connu la truffe mais il ne paraît pas que l'espèce française soit parvenue jusqu'à eux. Celles dont ils faisaient leurs délices venaient de Grèce, d'Afrique, et principalement de Lybie ; la substance en était blanche ou rougeâtre, et les truffes de Lybie étaient les plus recherchées, comme à la fois plus délicates et plus parfumées.

Des romains jusqu'à nous il y a eu un long interrègne, et la résurrection des truffes est assez récente ; car j'ai lu plusieurs anciens dispensaires où il n'en est pas fait mention ; on peut même dire que la génération qui s'écoule au moment où j'écris en a été presque témoin.

Vers 1780, les truffes étaient rares à Paris ; on n'en trouvait, et seulement en petite quantité, qu'à l'hôtel de Provence, et une dinde truffée était objet de luxe, qu'on ne voyait qu'à la table des plus grands seigneurs, ou chez les filles entretenues.

Nous devons leur multiplication aux marchands de comestibles, dont le nombre s'est fort accru, et qui, voyant que cette marchandise prenait faveur, en ont fait demander dans tout le royaume, et qui, les payant bien et les faisant arriver par les courriers de la malle et par la diligence, en ont rendu la recherche générale ; car, puisqu'on ne peut pas les planter, ce n'est qu'en les recherchant avec soin qu'on peut en augmenter la consommation.

On peut dire qu'au moment où j'écris (1825) la gloire de la truffe est à son apogée. On n'ose pas dire qu'on s'est trouvé à un repas où il n'y aurait pas eu une pièce truffée. Quelque bonne en soi que puisse être une entrée, elle présente mal si elle n'est pas enrichie de truffes. Qui n'a pas senti sa bouche se mouiller en entendant parler de truffes à la provençale ?

Le sauté aux truffes est un plat dont la maîtresse de maison se réserve de faire les honneurs ; bref, la truffe est le diamant de la cuisine.

J'ai recherché les raisons de cette préférence ; car il m'a semblé que plusieurs autres substances avaient un droit égal à cet honneur, et je l'ai trouvé dans la persuasion assez générale où l'on est que la truffe dispose aux plaisirs génésiques ; et, qui plus est, je me suis assuré que la plus grande partie de nos perfections, de nos prédilections et de nos admirations proviennent de la même cause ; tant est puissant et général le servage où nous tient ce sens tyrannique et capricieux !

Cette découverte m'a conduit à désirer de savoir si l'effet est réel et l'opinion fondée en réalité.

Une pareille recherche est sans doute scabreuse et pourraît prêter à rire aux malins ; mais honni soit qui mal y pense ! toute vérité est bonne à découvrir. Je me suis d'abord adressé aux dames, parce qu'elles ont le coup d'oeil juste et le tact fin ; mais je me suis bientôt aperçu que j'aurais dû commencé cette disquisition quarante ans plus tôt, et je n'ai reçu que des réponses ironiques ou évasives.....

J'ai donc cherché des renseignements ultérieurs ; j'ai rassemblé mes souvenirs, j'ai consulté les hommes qui, par état, sont investis de plus de confiance individuelle ; je les ai réunis en comité, en tribunal, en sénat, en sanhédrin, en aéropage ; et nous avons rendu la décision suivante pour être commentée par les littérateurs du XXVème siècle.

"la truffe n'est point un aphrodisiaque positif ; mais elle peut, en certaines occasions, rendre les femmes plus tendres et les hommes plus aimables."

On trouve en Piémont les truffes blanches qui sont très estimées ; elles ont un petit goût d'ail qui ne nuit point à leur perfection, parce qu'il ne donne lieu à aucun retour désagréable.

Les meilleures truffes en France viennent du Périgord et de la haute Provence ; c'est vers le mois de janvier qu'elles ont tout leur parfum.

Il en vient aussi du Bugey, qui sont de très haute qualité ; mais cette espèce a le défaut de ne pas se conserver. J'ai fait, pour les offrir aux flâneurs des bords de la Seine, quatre tentatives dont une seule a réussi ; mais pour lors ils jouirent de la bonté de la chose et du mérite de la difficulté vaincue.

Les truffes de Bourgogne et du Dauphiné sont de qualité inférieure ; elles sont dures et manquent d'avoine ; ainsi il y a truffes et truffes, comme il y a fagots et fagots.

On se sert le plus souvent, pour trouver les truffes, de chiens et de cochons qu'on dresse à cet effet ; mais il est des hommes dont le coup d'oeil est si exercé, qu'à l'inspection du terrain, ils peuvent dire, avec quelque certitude, si on y peut trouver des truffes, et quelle en est la grosseur et la qualité.

 

Ségolène





Vos commentaires


28 02 2006 - 11:36 par TRUFFE france

Pour de plus amples renseignements sur la truffe et les plants truffiers, rendez-vous sur

http://www.truffefrance.com

20 10 2007 - 11:49 par Editions Le marchand de Tyr

Les éditions Le marchand de Tyr viennent de rééditer 2 livres rares du XVIIIe siècle (originaux quasiment introuvables): Lettres sur les Truffes du Piémont (De Borch 1780) et Dissertation physico-médicale sur les Truffes et les Champignons (Pennier de Longchamp 1766). Tous deux sont refaits au plus proche des originaux (police, mise en page, gravures, fautes d'origine ...). Pour tout renseignement : tyrbooks@wanadoo.fr

Ecrire un commentaire


Votre Nom *

Votre email *

Votre site
Les champs marqués d'un * sont obligatoires

Afin d'éviter tout risque de spam, votre email ne sera en encun cas affiché sur le site.

Votre commentaire *


Oui, je désire recevoir la newsletter Chazallet.com

Merci de saisir le texte de cette image pour valider votre commentaire
article précédentarticle suivant

écrire un commentaire

Inscription Newsletter
Mes sites favoris
 

Derniers articles Poulet de Bresse au vin jaune et aux morilles

Plat mythique, aux étonnantes saveurs, qui allie une volaille au goût remarquable résultat d'un élevage traditionnel et rigoureux, les meilleurs des champignons, à mon goût, et le vin jaune rare et exceptionnel.

Le Wy, Arsac-en-Médoc, Gironde, Aquitaine, dîner du jeudi 8 mai 2008

J'ai repéré une entrée sur la carte d'Olivier Garnier que je veux absolument déguster. Ce jeudi soir est idéal.

Le Val de Loire s'invite à la Winery en Médoc

Très belle dégustation à la Winery ces 17 et 18 mai 2008, et passionnant dîner le samedi 17 mai.

L'Oiseau Bleu, Bordeaux, Gironde, Aquitaine, déjeuner du mercredi 16 avril 2008

L'Oiseau Bleu a changé de rive de la Garonne en allant s'installer dans le prolongement du Pont de Pierre, avenue Thiers. Il n'en fallait pas plus pour que nous allions déjeuner dans ce nouveau décor.

J'ai percé le secret des GoT's

6 repas gastronomiques en 3 jours, les GoT's ont un rythme d'enfer. J'ai percé leur secret.

Je recherche des blogueuses et blogueurs passionnés de vin et de cuisine

Vous êtes bloggeur, vous aimez la cuisine et le vin ? alors lisez la suite, ce concours risque de vous intéresser.

Tomates fourrées au chèvre frais "Doux Chêne" de chez Bruno Depalle

Cette recette est la création d'un chef membre de la très dynamique association "Les Toques d'Auvergne".

Cassolette, Bordeaux, Gironde, Aquitaine, déjeuner du samedi 12 avril 2008

Ce samedi 12 avril 2008, Ségolène anime un atelier avec des enfants à "La Victoire à Table", événement organisé par l'ISEG. Nous en profitons pour aller déjeuner à Cassolette où Arnaud Barde nous a invité.

Le Wy, Arsac-en-Médoc, Gironde, Aquitaine, déjeuner du vendredi 11 avril 2008

Olivier Garnier est le parrain de la fête de l'asperge du Blayais 2008. C'est donc tout naturellement que le comité d'organisation de cette fête organise sa conférence de presse au Wy. A l'issue de cette conférence de presse, Olivier fera déguster les bouchées que nous avons concoctées pour son atelier du goût, puis nous restons déjeuner.

Le SIAL et le rameau par Marc A. Copti

Cette année, en guise de gage de bonheur organoleptique (du grec léptikos, qui calme, mais surtout capable d’impressionner un récepteur sensoriel), la version montréalaise du SIAL portait en son plumage le quintessenciel extrait des fruits du légendaire rameau.  Il y avait dégustation d’huiles d’olives au Palais des congrès.  Et c’était la principale raison pour laquelle j’y suis allé.  Visite guidée, rien de moins, avec Céline Venne (www.lessaveursduterroir.com), rencontrée de circonstance au SIAL-Paris en 2004 et lors des deux dernières éditions à Montréal.


AccueilRestaurantsGourmandiseVinsMagazine
 Bistrots
Chroniques gastronomiques
Recettes
Histoire des produits
Personnalités
Dossiers
Degustation
Encyclopédie
Courants de pensée
Evénements
Livres
 
Copyrights Patrick Chazallet 2003 - 2005 | designed by Wonderweb Top of page
Boire et manger, quelle histoire ! | Blog-appetit.com | blog-actu forum| epicurien.be | culino-tests de miam