17.02.2006 - histoire La truffe Diamant noir pour Brillat-Savarin, or noir pour les caveurs ou les rabassiers, la truffe, non contente d'être délicieuse et rare, aurait aussi des vertus aphrodisiaques. Elle a toujours fasciné les amateurs, allons à la découverte de cette mystèrieuse parfumée.

Photo Jean Rummens, Bruxelles.
"Vénus sur ses autels n'eut plus d'autres offrandes ;
Leur parfum est l'encens que son culte demande :
Elle veut sur ses pas trouver cet heureux fruit ;
Elle en sème parout, c'est son mets favori ;
Aussi les trouve t-on toujours au pied des charmes,
Bois qui fut consacré à l'Amour, à ses armes ;
C'est de lui qu'il tirait ses traits les plus hardis
Pour exciter l'ardeur de ses heureux amis.
Présent sacré du ciel, heureux don de la Terre,
Pays chéri du Dieu dont Vénus est la mère ;
Que vos parfums divins fassent naître en mon coeur
Les souvenirs heureux d'un instant de bonheur !
Que reviennent les jours que la vie me dénie !
Je veux les consacrer aux filles du génie !
Je chanterai l'Amour, les truffes et le plaisir,
Et les adorerai jusqu'au dernier soupir."
Parfum de la truffe, Hommage à l'amour par L. D
Archives Départementales de la Dordogne, fonds Taillefer.
Ces quelques vers d'un poète anonyme du XIXème siècle évoquent l'émotion que tout amoureux des truffes éprouve en humant leur parfum et en savourant leur chair exquise. Car depuis l'Antiquité, les truffes ont séduit tous les gourmands et les gourmets. Juvénal, Philoxène, Lucullus, Martial, Plutarque, et même Galien en parlent abondamment et en bien. Il semblerait qu'à cette époque là, les truffes poussaient partout en grand nombre ; peut-être ne s'agit-il pas toujours de notre tuber melanosporum, parfois d'autres tuber : terrae tuber, champignons noirs, blancs jaunes ou roux qui sont plutôt des tubercules qui soulèvent le sol lorsqu'elles sont mûres, au printemps et à l'automne dans les terrains caillouteux. Et qui, extrêmement savoureuses, régalent les gourmets. Ce sont, sans doute, ces "truffes" là que les méditérrannéens, arabes ou chrétiens d'Orient, utilisaient dans leur cuisine et considéraient, à l'instar des romains, comme aphrodisiaques. Vertu que l'on prête à maints champignons : "Nous soupons : ma foi, j'en avais besoin. Cest elle qui me sert des morilles, des truffes au coulis de jambon, des champignons à la marseillaise... de la table nous nous élançons au lit..." Mirabeau, Le Libertin de qualité.

Notre truffe est beaucoup plus rare et très mystérieuse, ce qui en fait un objet de convoitise dont les prix s'envolent sous l'effet d'une demande frénétique. Mais, foin de ces matérielles considérations, allons à la découverte de cette petite merveille.
Longtemps les hommes ont pensé qu'elle était un don spontané des dieux ou qu'elle naissait sous l'effet combiné des "pluies d'automne et des coups de tonnerre secs" (Théophraste), car on avait observé que le sol autour de la truffe était comme brûlé. Ce n'est pas la foudre qui brûle le sol mais la truffe elle-même ou plutôt le mycélium qui absorbe à son seul profit tous les éléments nutritifs du sol et quelquefois même de l'arbre avec qui il fait alliance. Peut-être est-ce de là que vient la signification du mot "trufferie" qui veut dire tromperie ?
La truffe naît entre les racines d'un arbre, le plus souvent un chêne mais aussi parfois d'un noisetier. Au départ, le mycélium qui est un simple appareil végétatif gaine les radicelles d'un arbre-hôte en formant des mycorhizes (du grec myco, champignons et rhize, racine). Ce sont des petites touffes de barbules de quelques millimètres, de couleur jaune-brun. Les mycorhizes fournissent à l'arbre des sels minéraux et ce dernier offre en échange aux mycorhizes sucre et matières organiques. Et peu à peu, dans le secret de la terre, croît la truffe qui, à maturité, comme beaucoup de champignons, émet des spores qui sont les organes reproducteurs. Lorsque ces spores germent, elles forment du mycélium qui est une substance qui s'étire en filaments - les hypbes - sous le sol. Ces hypbes peuvent mettre beaucoup de temps avant de rencontrer l'arbre de leur vie : un mois, parfois un an, voire plusieurs années. Qu'il est difficile de choisir son arbre partenaire avec qui elles doivent vivre jusqu'à la fin de leur vie! Quand les hypbes du mycélium rencontrent les radicelles de l'arbre, naissent alors les mycorhizes. Et le cycle recommence.
Il existe plusieurs espèces de truffes, environ une douzaine.
- Les terrae tuber dont nous avons parlé, savoureuses, elles sont plus proches des terfas.
- les tuber aestiva : noires à l'extérieur et blanches à l'intérieur.
- La truffe blanche d'Alba et du Piémont dont les italiens sont si fiers qu'ils l'appelent "magnatum": l'énorme, tuber magnatum pico, au parfum légèrement aillé et encore plus rare que la truffe noire.
- La tuber melanosporum, toute noire, au parfum envoûtant puissant et subtil qui pousse dans le Sud-Ouest de la France d'où le nom de truffe du Périgord et dans le Sud-Est. Ce sont les plus intéressantes.
Comment découvrir la truffe ? C'est difficile car elle est très secrète et se dissimule bien. Il existe quand même quelques signes.

- Le premier signe se remarque 2 ou 3 ans avant la récolte : autour de l'arbre truffier apparaissent ce qu'on appelait au Moyen-Age les ronds de sorcières, espaces où la terre devient plus légère, où les herbes meurent et les pierres blanchissent. Ce phénomène s'appelle le "brûlé", c'est le résultat de l'interaction entre les radicelles de l'arbre et le mycelium.
- Le deuxième signe qui peut vous alerter également ce sont les manèges d'une mouche qui répond au doux nom d'Hélozyma tuberivora, nom très explicite en lui-même. Cette mouche pond ses oeufs dans le sol, là où se trouvent des truffes. Autrefois, on pensait que la blessure infligée aux racines par la piqure provoquait une sorte d'excroissance qui en grossissant devenait une truffe. Il n'en est rien, si l'Hélozyma pond ses oeufs près des truffes, c'est que ses larves raffolent des truffes qu'elles mangent pour se développer. Pas folles, les mouches ! Par un jour ensoleillé et sans aucun vent, le rabassier balaye le sol brûlé avec une branchette, les mouches dérangées s'envolent puis reviennent vers le lieu d'élection, il ne reste plus qu'à piocher délicatement pour exhumer la truffe. Pour cela, il faut être très observateur et très patient. Donc l'homme à qui les sens font parfois défaut, a su s'adjoindre les services de deux animaux à l'odorat très développé: la truie et le chien. La truie, de moins en moins utilisée, travaillait davantage dans le Périgord, alors que le chien à toujours été le compagnon des rabassiers du sud-est.
La récolte se fait en hiver et comme dit le proverbe:" Si l'eau se fait ruiseau à la saint Barthélémy, il naît des truffes à pleins nids.". Les hommes et leurs compagnons partent alors caver - ou rabasser en provençal. La truie repère la truffe grâce à son flair, elle fouit le sol avec son grouin. Il faut l'arrêter avant qu'elle la mange, la récompenser avec des grains de maïs et extraire délicatemnt la truffe de sa gangue de terre. Le chien, lui, creuse le sol avec ses pattes jusqu'à ce que la truffe apparaisse. L'homme a voulu profiter de cette manne en "cultivant" la truffe. Tous les essais se sont révélés vains jusqu'à ce que l'INRA produise des plants mycorhisés : chêne vert ou pubescent, noisetier. Il faut les planter dans un sol filtrant et calcaire, et retourner la terre en surface pour ne pas endommager les précieuses racines. Surveiller aussi l'exhubérence des feuillages car la truffe a besoin de lumière. Et, au bout de 10 ans environ, vous pourrez espérer récolter, avec l'aide de votre chien truffier que vous aurez dresser entre temps, 8 kg/ha de précieuses truffes.
Comme nous l'avons vu, les anciens savaient les apprécier et les rois du Moyen-Age aimaient en avoir sur leurs tables. Le peuple, lui, se méfiait des champignons en général. C'est à partir de l'époque moderne que naît ou renaît la passion des truffes et des champignons. Des voyageurs louaient la chair des porcs, nourris aux truffes, qu'ils avaient dégustés en Italie, mais les paysans (qui les ramassaient) n'en consommèrent pas avant la fin du XVIIIème siècle.
A cette époque, l'engouement pour les truffes est lié à leur effet sur l'ardeur amoureuse. On peut lire dans l'Encyclopédie sous la plume du Chevalier de Jaucourt : "La vertu d'exciter l'appétit vénérien qu'on leur attribue est très réelle ; elle s'y trouve même en un degré fort énergétique. Ainsi elles ne conviennent certainement point aux tempéraments sanguins, vifs, bouillants, portés à l'amour, ni à ceux qui sont obligés par état à s'abstenir de l'acte vénérien." Or donc, tous les libertins, Casanova et Sade en tête, consommèrent avec les jeunes femmes, objet de leur convoitise, énormément de truffes auxquelles ils ajoutaient les huîtres, parées des mêmes vertus.
Au XIXème siècle, ce fut une vraie folie, le truffe est partout, dans ce siècle bourgeois ce n'est pas sa vertu aphrodisiaque qui attire, mais le fait qu'elle soit symbole d'abondance et de richesse. Les cuisiniers, dans les grands restaurants de Paris (Café Anglais ou Café Riche), de Lyon (place Bellecourt) ou à Bordeaux (allées de Tourny), font disparaître les viandes et volailles sous les truffes et la sauce espagnole très en vogue à l'époque, enrichie de beurre et de crème.
Au siècle suivant, Marcel Rouff et Curnonshy inventorient les richesses culinaires françaises dans un ouvrage en 24 volumes qui paraîtront de 1921 à 1928. Il ressort de cette enquête que les fleurons de la cuisine, les gloires de la gastronomie étaient alors les truffes, le foie gras, les chapons et poulardes.
Maintenant les goût évoluent et l'usage de la conserve a démocratisé cet aliment de roi. Si les premiers essais dans la graisse, l'huile ou le vinaigre ne furent pas concluants, la stérilisation a permis de garder à la truffe une partie de ses qualités aromatiques et gustatives. Mais c'est encore fraîches qu'elles sont les meilleures. Allez donc sur les marchés aux truffes, nombreux de novembre à mars :
- Dans le Périgord, à Saint Alvère, le lundi matin de 10 à 12 heures à la Halle aux truffes,
- A Sorges, le dimanche le plus proche du 20 janvier,
- A Périgueux, Thiviers, Sarlat,
- Dans le Lot à Lalbenque, le mardi à 14 h 30.
- A Puymirol, dans les jardins de l'Aubergade, fin décembre.
- Dans le Vaucluse, à Carpentras, le vendredi matin place Maurice Charretier,
- A Richerenches, le samedi matin.
- Dans la Drôme, à St Paul Trois Châteaux, Grignan, Taulignan, le dimanche matin.
- Dans le Var, à Aups, le jeudi matin, place Frédéric Mistral.
Une fois rentré chez vous, mettez durant quelques heures une truffe dans une boîte hermétique avec des oeufs, et faites ensuite une omelette, vous m'en direz des nouvelles. Faites une superbe purée de pommes de terre aux truffes (les pommes de terre s'imprègnent merveilleusement bien du goût des truffes). Râpées sur des pâtes ou dans un risotto comme dans le Piémont, cloutant des crustacés, des poissons ou des viandes. Sous la peau des volailles (Ah ! la poularde demi-deuil), émincées dans des légumes comme des haricots, par exemple. Truffant un pélardon ou un vacherin. Crue à la croque au sel ou dissimulée dans une fine croûte de pâte feuilletée. Mais aussi infusée dans du lait pour faire des crèmes ou des glaces, voire des macarons, dans du vin avec des fruits pochés dedans, avec du chocolat.

Puisque c'est un don des dieux, servons-nous pour les apprécier d'un autre don qu'ils nous ont donné : l'imagination.
Ségolène
Vos commentaires
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10 12 2006 - 16:04 par marie
comment conserver 15 jours de truffes fraiches lavées et brossées?merci 24 12 2006 - 19:13 par limousin maryvonne
merci por toute l'histoire de la truffe je voulais savoir comment la conserver merci c'est un parfum qui envoute les papilles de quoi rever quand on aime les bonnes choses merci bon noel maryvonne 29 01 2007 - 20:35 par TRUFFE france
Vous pouvez conserver vos truffes fraîches dans un bocal ou récipient fermé, au réfrigérateur (environ 10 jours). Il faut aussi placer au fond du bocal un papier absorbant, afin que l'humidité libérée par la truffe ne la fasse pas pourrir. Changer le papier tous les 1 à 2 jours.
TRUFFEfrance http://www.truffefrance.com
11 03 2007 - 17:05 par benguessoum ramdane
bon jour je sui un micro commercant des truffe algerienne et je cherche chez voux la bossibilite de me vendeè cet fruit cest a dire lanee prochaine et merci mon telphone 0021362134658
12 03 2007 - 19:39 par sborgnanera
pas la peine de les brosser : pour une conservation courte (4 à 5 jours), entoure là d'un papier absorbant + alu + tupperware + frigo
entre 7 et 10, prefere le riz + tupperware + frigo
au dela, truffes non brossées, papier alu + congel, pas plus d'un an => les sortir, les brosser + les travailler encore congelées 20 12 2008 - 21:44 par savignac arlette
Je suis lotoise (Lalbenque).Ma grand-mère conservait plusieurs années les truffes qu'elle achetait fraiches .Brossées,vite lavées, elle les mettait en boites de conserve( toutes petites) avec un peu d'eau une pincée de sel et une rasade de" gnole",( eau de vie).Elle stérilisait au moins 3 heures .Je vous assure que ses patés étaient délicieusement parfumés quand elle y mettait la truffe, les années suivantes . 06 03 2009 - 15:25 par nico
Bonjour, Est il possible d'inoculer du mycélium de truffe sur des chênes vert qui ont une dizaine d'année afin d'obtenir une production de truffe? Cordialement, nico 18 03 2009 - 13:41 par forum moto
Oui c est possible maintenant je ne suis pas sur que cela préservera toute la saveur de la truffe 18 03 2009 - 13:42 par foie gras
Humm la truffe! elle est faite pour être mariée au foie gras! 19 03 2009 - 01:00 par Benmansour
Salut, Marçi pour le document monsieur
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