15.02.2006 - histoire Chou et choux "Savez-vous planter les choux à la mode, à la mode,
savez-vous planter les choux à la mode de chez nous?"Le premier qui me chante cette comptine, je lui rentre dans le chou. Ce naïf, avec ses oreilles en feuilles de chou raconte que les enfants naissent dans les choux ! Il faut être bête comme chou pour croire un telle fable, il va faire chou blanc, finir dans les choux à débiter ces sornettes.
Mon petit chou, l'orthographe, je n'en fait pas mes choux gras, je me rappelle juste que les mots en "OU" font leur pluriel en "S" sauf hibou, caillou, bijou, genou, chou, joujou et pou qui prennent un "X" au pluriel.

Ce pauvre chou est bien discrédité par la vox populi ! Pourtant quel régal !
Ce primeur, né en Europe, est un légume bien de chez nous, immortalisé par la soupe aux choux, les potées et les choux farcis.
Le choeur des choux :"C'est toujours le chou vert qui récolte les honneurs alors qu'on est 400 cousins différents" :
- La famille des choux verts frisés et décoratifs appelés choux d'ornement, et comestibles : les choux de Milan.
- Les choux-navets de sinistre mémoire appelés aussi rutabaga, un légume-racine comme le chou rave qui est une plante fourragère pour le bétail.
- Les Choux cabus à feuilles lisses, vert, rouge ou blanc.
- Les choux pointus de Chine et du Portugal, des cousins lointains.
- Les tous petits à tiges bourgeonnantes, une fois : les choux de Bruxelles.
- Les plus coquets venus d'Italie: choux fleurs et brocolis.
- Et notre ancêtre, le chou maritime qui existe encore à l'état sauvage, petite plante chétive aux feuilles charnues et très résistantes qui est apparu, il y a bien longtemps, sur les rives de la Manche.
Vertchou : "Oui,mais je suis de noble extraction, mon arrière, arrière, arrière grand-père était Lycurgue qui, rendu fou par Rhéa, avait taillé à coup de serpe un pied de vigne, en réalité son fils Dryas. Il versa des larmes de chagrin qui se transformèrent en choux. J'ai des vertus remarquables et très utiles, si on me mange on ne peut devenir ivre."
Cabuchou : "C'est pour cette raison que les paysans ne plantent jamais de choux près de vignes ou de ruches ? Car, autrefois, les paysans mangeaient un brouet quotidien à base de chou amélioré de sel et d'herbes, donc ils devaient planter des choux partout dans la campagne. Lucullus disait même qu'on devait le bannir de la table de l'honnête homme."
Vertchou : " Oui, mais Diogène, lui, en mangeait à tous les repas, si on peut appeler repas ce qu'il ingurgitait ! Et Caton prétendait que c'était grâce à moi qu'il vivait si vieux - 90 ans à l'époque ce n'était pas rien - et qu'il avait eu 23 fils ! Aphrodisiaque et elixir de longue vie ! Tout le monde ne peut pas en dire autant ! Et si on me plantait loin des vignes et des ruches, c'est à cause de mon odeur qui gâterait le miel ou les raisins".
Mr Choufleur : "Et pour moi Apicius a inventé des tas de recettes succulentes et des grands médecins et écrivains comme Pythagore ou Pline ont vanté mes qualités thérapautiques, celle de préserver de l'ivresse (sans doute grâce à la vitamine B, oxygénante et calmante), et comme je suis bourré de sels mineraux et vitamine C, de drainer le système digestif, de cicatricer plaies et bosses, de combattre le scorbut, d'être bon pour l'organisme et le système nerveux. Et grâce à ma forte teneur en soufre, je peux prévenir des cancers."
Quintal d'Alsace : "Moi, je suis découpé en fines lanières, puis mis en saumure avec des additions d'épices dans des barils en bois pour faire la choucroute. Cette lacto-fermentation me rend plus digeste contrairement aux idées reçues et me permet de garder le potassium, le phosphore et les vitamines, c'est pour ça qu'on m'embarquait sur les bateaux."
Vertchou : "D'accord mes petits choux, mais il faut toujours avoir bonne mine, soigner nos feuilles pour qu'elles soient craquantes, aux couleurs fraîches pour pouvoir finir dans le panier d'une charmante femme."
Cabuchou : "Il faut dire qu'on est aussi bon cru que cuit"
Vertchou : "C'est vrai, mais quelles souffrances je dois subir, on me plonge dans l'eau bouillante, environ 30 à 40 minutes, ensuite on me met dans l'eau glacée et on arrache mes feuilles, pour les remplir de farce. Et hop, au four et coupé par des dents aiguisées avant d'être broyé dans l'estomac".
Pé-stai : "Moi aussi on me découpe en lanières, on me noit sous une vinaigrette bien relevée et on me jette dans un plat quelquefois en compagnie d'autres légumes : carottes, pousses de soja, fines herbes, oignons ou échalotes".
Cabuchou : "C'est vrai que je saute parfois dans une poêle ou que je bout avec des oignons, petits lardons ou dés de volaille, des lamelles de carottes, de navets, tous les copains des champs, et quelquefois avec du vin blanc qui tourne la tête. Mais on porte alors de si jolis noms : "embeurrées de chou", potées, soupes, gratins, galettes croustillantes. Et puis, on s'amuse bien dans les assiettes avec les viandes blanches et les poissons. On a si longtemps été mis au rebut, mal considéré qu'on peut bien subir quelques souffrances pour être présent dans les plus beaux restaurants et mangés par les plus belles femmes de la terre, car nous sommes aussi excellents pour garder la ligne, nous sommes si peu caloriques".
Tous ces braves petits choux sont bien séduisants n'est ce pas, ils ne vous reste plus qu'à les glisser dans votre panier avant de les torturer avec raffinement et de les manger sans remords.
Ségolène Lefevre
Boire et manger, quelle histoire !
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Vos commentaires
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09 02 2008 - 00:13 par Zara
C'est si bien écrit... merci pour la lecture :)
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