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Histoire des peurs Alimentaires

Madeleine Ferrières nous offre une étude qui reprend sa thèse de doctorat sur les peurs des hommes de manger mauvais. Nos angoisses ne sont pas nouvelles, elles s’expriment seulement différemment.

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Madeleine Ferrières

Edition du Seuil, l’Univers Historique 

472 pages

Au départ, bien réelle est la peur de manquer de nourriture, la peur de ne pas manger à sa faim est doublée de celle de manger dangereux : des aliments corrompus, malsains, avariés, porteurs de maladies comme le charbon, le mal des ardents, les pestes et fièvres diverses.

Pour les autorités se posent deux problèmes : la gestion de la pénurie et la mise sous surveillance de la chaîne alimentaire. Et l’on s’aperçoit que notre époque n’invente rien. Si dans notre monde occidental la pénurie n’est plus un réel problème, le souci d’une alimentation saine est toujours d’actualité et les méthodes utilisées pour se protéger reprennent celles avérées sûres des siècles précédents. Par exemple, en 1303, la charte de Mirepoix donne en 18 articles un règlement concernant la vente de la viande dans la ville avec comme principal objectif la sécurité alimentaire, le souci de la santé publique et comme second objectif de permettre aux bouchers de vivre de leur commerce. Les mesures préconisent des inspections des marchés, des contrôles de toutes les bêtes par les vétérinaires, des amendes en cas d’infraction.

Un peu plus tard, en 1711, le pape Clément XI et son premier médecin Lancisi prennent des mesures préventives drastiques contre les pestes bovines en préconisant des mesures coupe-feu : empêcher toute communication entre animaux malades et animaux sains, tuer les animaux malades, établir des cordons sanitaires, séquestrer les animaux contaminés, interdir les circulations d’animaux, désinfecter.

En 1714, les anglais mettent au point le « Stamping out ». Le chirurgien de Georges Ier, Thomas Bates reprend les principes de Lancisi en y ajoutant deux préceptes : « acheter et faire brûler tous les troupeaux attaqués de maladie et tenir les autres dans des lieux séparés ». Bates va instaurer ainsi l’indemnisation à l’abattage.

Cette histoire des peurs alimentaires met en avant le rôle important des vétérinaires, la science vétérinaire plus efficace et plus pragmatique que la médecine officielle fait avancer la recherche et les mesures prises pour protéger les consommateurs.

Les médecins de campagne ont un rôle important comme observateurs et correspondants de la Société Royale de Médecine. Comme les vétérinaires, leurs observations sur le terrain permettent des préconisations utiles et efficaces.

Ce qui est aussi intéressant de remarquer c’est qu’avant même des politiques nationales, les municipalités et autorités locales légifèrent sur la sécurité des aliments : comme nous l’avons vu sur la viande, mais aussi sur le pain à Paris au XVIIème, sur l’utilisation du cuivre et du plomb dans les contenants alimentaires, sur la sécurité des conserves.

On observe aussi petit à petit la naissance du consommateur, soucieux de sa santé, en faveur de celle-ci les médecins instaurent des doctrines hygiéniste, aériste et nutritionniste. La consommateur se veut averti et veut absolument concilier abondance et sécurité.

Cette étude passionnante illustre que si l’histoire n’est pas toujours un éternel recommencement, les comportements humains n’évoluent pas tant que ça.

 

Ségolène


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