04.03.2006 - livre Aventures d'un gourmand vagabond Un livre "énaurme", rabelaisien de la dimension de l'appétit d'une homme hors norme qui signe aussi un hymne à la nature, à la convivialité et au plaisir des bonnes nourritures partagées.

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Jim Harrison
Aventures d'un gourmand vagabond
Christian Bourgeois éditeur
Nous comprenons peut-être mieux les personnages des romans de Jim Harrison : la force, l'amour de la vie, la générosité d'une Dalva par exemple, après avoir lu ce livre.
L'amour de la bonne chère et du vin est intimement lié chez Jim Harrison à la recherche et à la pratique d'une vie authentique. Qu'est ce à dire ? Jim Harrison vit la plupart du temps près de la frontière canadienne ou mexicaine, dans des maisons perdues au milieu des bois ou de nulle part. Pas par mépris des autres hommes, non pas vraiment, plutôt par amour de la nature. Il vit, avec ses chiens, près des arbres, des rivières, des animaux, humant les changements climatiques. Là, il se lève à l'aube et va chasser ou pêcher son déjeuner après un très solide petit déjeuner, cela va sans dire. Jim Harrison attribue à son régime de gibier et de poisson, pêchés par lui-même, les causes de sa bonne santé et surtout de son faible taux de cholestérol : animaux s'étant nourris eux-mêmes, courant et nageant librement, bien meilleurs que ceux élevés quasi industriellement. Et puis cela lui permet de faire un pied de nez aux vertueux mangeurs de steaks congelés et d'observer, lors de ses traques des ours, des vols d'oiseaux et le ciel étoilé.
Quand il sort de sa tanière, Jim Harrison, pour des raisons professionnelles, pérégrine à travers les Etats Unis. Alors la promotion de ses romans sert de prétexte à des découvertes de restaurants : "Je me considère souvent comme un détective privé dans le domaine de la gastronomie, tourbillonnant à travers la nuit (et le jour) américains, sans cesse à l'affut non seulement de la bouffe criminellement bâclée, mais aussi de l'authenticité culinaire."
Avec un tel credo, vous pouvez utiliser son livre à la manière d'un guide gastronomique. Pas un bon restaurant dans le vaste espace américain n'a échappé à sa visite et, de même qu'il décrit avec bonheur ses pantagruéliques repas, il raconte avec colère et humour ses déboires culinaires et ses remarques sur la dégénérescence de ses concitoyens car ceux qui ne savent pas manger ne savent non plus ni vivre, ni boire. Car, évidement qui dit nourriture dit vins. Grand amateur de Bourgogne et de Bordeaux devant l'éternel mais aussi de vins d'Italie (dont la cuisine le ravit également), Jim Harrison prend grand soin à arroser ses plats des meilleurs crus sur lesquels il disserte admirablement dans un chapitre exclusivement consacré à cet important sujet.
Dans un chapitre du livre "Cuisiner sa vie", Jim Harrison donne une profession de foi de sa manière de vivre : scrutateur des ses semblables et amoureux de la vie. Ceci est matière à des réflexions qui émaillent d'ailleurs tous les chapitres et même sa correspondance avec Gérard Oberlé. Jim Harrison est autant un philosophe qu'un épicurien. Mais aussi un remarquable et imaginatif cuisinier, très attentif à la saveur de ce qu'il mange et qu'il prépare donc en conséquence, ainsi la grouse qu'il a chassée avec sa vieille chienne Ray : "De retour au chalet, le lui ai frit le coeur et le foie de la grouse, qu'elle a mangés en agitant violemment la queue. Le gésier de l'oiseau était bourré de feuilles de tremble, de gaulthéries desséchées et de myrtilles. En cette fin d'automne, je discernais le coeur mûr de l'été. J'ai mis de côté la daube que j'avais pour le dîner. J'ai placé le contenu du gésier dans la cavité de l'oiseau pour aromatiser la chair, ajoutant un tapis de feuilles de sauge fraîches, puis j'ai enduit la peau de beurre, de citron et de poivre, et je l'ai rôti. Par chance, j'avais un récipient plein de bouillon de bécasse pour préparer une sauce, ainsi qu'un noble tuscan isole à boire. J'ai donné la moitié du blanc de l'aile à la chienne, dont la respiration est devenue sifflante et qui s'est mise à péter d'aise, arborant son étrange sourire canin, les oreilles rabattues vers la nuque, les yeux plissés, et elle a frémi de plaisir, son oeil aveugle me rappelant presque agréablement le mien."
L'un des derniers chapitres est consacré à une recette de boulettes à la viande, exquis accompagnement de spaghetti, qui, dixit l'auteur, devrait apporter une cargaison de puissance et de grâce dans votre existence.
Et si vous n'avez pas l'eau à la bouche après cela, c'est désespéré.
Ségolène
Vos commentaires
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04 03 2006 - 17:45 par mercotte
j'ai bp de livres de Jim Harrison, mais, pas celui ci ! il doit bien plaire à Patrick ça c'est sûr !
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