05.02.2008 - humeur-kokopelli-mise-a-mort-de-la-biodiversite-2 Verdict contre Kokopelli : mise à mort de la biodiversité ? Suite 1 Le 9 décembre 2005, l'Association Kokopelli a été assignée à comparaître auprès du Tribunal de Grande Instance de Nancy par la société Graines Baumaux. Le procès a eu lieu et le verdict est tombé : Kokopelli a perdu et est lourdement condamnée.
Communiqué de presse du Réseau Semences Paysannes
Suite à la condamnation de kokopelli, le Réseau Semences Paysannes a réagi sous forme d'un communiqué de presse que je vous livre ci-dessous. Pour ceux qui n'ont pas suivi le premier épisode, il se trouve à la suite du communiqué.
Communiqué de Presse :
L'ETAT CONDAMNE CEUX QUI HONORENT LES ENGAGEMENTS DU TRAITÉ SUR LA BIODIVERSITE
Au printemps 2007, le Parlement français a ratifié un traité
international(1) destiné à sauvegarder la biodiversité en reconnaissant les droits des paysans de conserver, utiliser, échanger et vendre des semences de ferme.
Aujourd'hui, la justice française condamne à travers Kokopelli un des pionniers de l'application de ce traité et de la défense de la biodiversité cultivée en France. L'industrie semencière française qui est à l'origine de la plainte veut ainsi interdire la concurrence que lui fait la biodiversité semée et ressemable dans les fermes et les jardins.
Le Réseau Semences Paysannes demande :
- que le gouvernement mettent au plus vite le droit interne français en conformité avec la réglementation européenne(2) et avec les accords internationaux qu'il a ratifiés en permettant l'inscription gratuite sur un catalogue officiel des variétés anciennes ou locales et en autorisant les échanges paysans (de quantités non industrielles) de semences de variétés non inscrites au catalogue
- et qu'il prononce une amnistie immédiate pour ceux qui sont condamnés pour les avoir appliqués.
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(1) Traité International sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture de la FAO
(2) Directive de 1998 sur les variétés "de conservation de la biodiversité cultivée in situ", c'est-à-dire dans les fermes
Mis en ligne par Philippe Guichard secrétaire du RSP
Le texte mis en ligne il y a quelques jours :
Echangerait quelques droits contre quelques libertés.
La France est un pays de droits ; C'est même la nation des droits de l'homme. Et c'est vrai que chacun de nous bénéficie de nombreux droits. Il n'empêche que personnellement j'échangerais volontiers quelques uns de ces droits contre quelques libertés qu'on m'a récemment enlevées. Avec l'affaire kokopelli, c'est la liberté de planter les fruits et légumes que j'aime qu'on tente de me retirer. Cette histoire de semences est à mon avis le plus grand scandale impliquant l'Etat français depuis le sang contaminé. Nous en reparlerons de façon détaillée dans Fureur des Vivres au mois de mars 2008.

Concernant les attendus du procès Baumaux vs Kokopelli, vous pouvez cliquer ICI .
Concernant le verdict, vous trouverez ci-dessous le communiqué de Raoul Jacquin, président de Kokopelli.
Kokopelli : biodiversité, la fin des illusions
Les verdicts sont tombés, l’Association Kokopelli est lourdement condamnée :
- 12.000 € pour le grainetier Baumaux
- 23.000 € pour l’état et la fédération des industriels de la semence (FNPSPF).
Il faut être réaliste : les semences que défend l’association Kokopelli, étant maintenues dans l’illégalité par une volonté politique, nous ne pouvions pas gagner ces procès.
Malgré les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de scientifiques, d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l’état français refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.
C’est ce qui permet aujourd’hui aux magistrats d’infliger ces lourdes peines à l’association Kokopelli.
Dans le cas du procès de la SAS Baumaux pour concurrence déloyale, M. Baumaux verra donc son bénéfice de 800.000 € augmenté de 10.000 € et recevra 2.000 € pour ses frais.
L’état français recevra 17.500 € au motif que KOKOPELLI vend des semences illégales, 5.000 € seront consacrés aux frais et à l’information du bon peuple sur les pratiques dangereuses de l’association KOKOPELLI. Les semences qui ont nourri nos grands-parents et qui servent à nous nourrir aujourd’hui par le jeu des croisements, sont donc devenues illégales et dangereuses.
Nous avons eu droit au grenelle de l’environnement : il faut sauver la biodiversité ! alors pourquoi condamner une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition ? Pourquoi condamner ces semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des solutions pour assurer la souveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l’augmentation de la population mondiale ? Pourquoi les mêmes variétés, selon qu’elles sont vendues par KOKOPELLI ou d’autres opérateurs entraînent condamnation ou mansuétude ? Pourquoi les grandes surfaces vendent des fruits et légumes issus des variétés interdites à KOKOPELLI, en toute impunité (en tout cas à notre connaissance).
Les condamnations infligées à KOKOPELLI ne sont donc pas à chercher dans la nature des semences que protège l’association, mais dans ses actions.
L’association propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, c’est intolérable. Le plus grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes.
Depuis 15 ans, KOKOPELLI protège la diversité de nos jardins, de nos champs, de nos assiettes, tout en essayant de faire évoluer le cadre juridique vers une reconnaissance de la valeur agronomique et culturelle des variétés reproductibles : L’ETAT FRANÇAIS NOUS A FAIT ECHOUER. Aujourd’hui, la disparition potentielle de KOKOPELLI ouvre un boulevard à l’uniformisation culturelle et productiviste agricole. La disparition de la « vraie » biodiversité basée sur la variabilité génétique d’une multitude de variétés locales ne sera jamais, et de très loin, compensée par la multiplicité de quelques variétés clonées.
Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression envers les faucheurs volontaires, les amis de l’ortie, les défenseurs de l’herboristerie et KOKOPELLI : chacun cherche à sa façon, à protéger et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible ! Face à ses contradictions, entre ses déclarations enflammées du Grenelle de l’Environnement et les condamnations qu’il obtient contre les défenseurs de la biodiversité, gageons que l’état français mettra un point d’honneur à prendre en réelle considération le devenir des générations futures.
L’association KOKOPELLI a toujours proposé la résistance fertile non violente et le dialogue, peut-être étions-nous trop en avance ? Mais maintenant, sauver la biodiversité est d’une extrême urgence. Si l’agriculture productiviste que protége le gouvernement se trompe, vous trompe, nous trompe, quelle stratégie de repli aurons-nous ? Si nos élus ont contribué à éradiquer notre patrimoine semencier alimentaire ?
La solution est dans votre camp, mesdames et messieurs nos gouvernants. Une fois, vous avez pu revendiquer « responsables, mais pas coupables ». Devant la faim du peuple, cet argument ne tient pas.
N’obscurcissez pas l’avenir, il l’est déjà suffisamment.
Mais peut-être faut-il lancer un appel : aux semences, citoyens !
Raoul Jacquin
Ce communiqué est consultable sur notre site
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