05.03.2006 - vins-ivv-degustation Dégustation des vins Mondavi Fin 2000 Luc Charlier est allé dans un des restaurants les plus chics de Bruxelles participer à une dégustation des vins de Mondavi. Le moins qu'on puisse dire est que son compte-rendu sur InVino Veritas de février 2001 est politiquement incorrect. Une grande bouffée d'oxygène dans notre France hygiéniste de 2006 qui pose de vraies questions.
Mondavi : Une dégustation des plus curieuses me donne l'occasion de faire le point
Entrée en matière
Onze heures trente, un des restaurants les plus huppés de la capitale, rencontre entre votre serviteur et le staff au grand complet d'un producteur de renommée mondiale : directeur européen des ventes et son adjoint, importateur belge* et un employé, collaboratrice hollandaise, attachée de presse ; la présence de cette dernière, une amie personnelle, explique sans doute ma participation, incongrue au sein d'une assemblée trop relevée pour moi, incluant les poids lourds – au propre comme au figuré – de la chronique œnologique belge et l'acheteur le plus pointu de toute la grande distribution. Pourquoi tant de bruit ?
Sept vins, c'est tout. Info : première partie.
Ledit producteur avait décidé de nous présenter 7 vins, constituant le sommet de sa gamme :
- Fumé blanc 1997, Reserve : une véritable caricature de boisé sur un sauvignon maigre comme le salaire d'un mineur sud-africain ou d'un pianiste de jazz ; seule l'acidité me plaît. On nous dit, heureusement, qu'il n'y a que 1.200 cols disponibles pour tout le vieux continent. Au prix de 1.385 Fb la bouteille, je ne suis pas sûr qu'ils arriveront à tout vendre. Même les autres journalistes, pourtant Marchands du Temple, font la fine bouche.
- Chardonnay 1997, Reserve : le bois s'intègre mieux. Il faut dire que le chardonnay est bonne fille et que, de plus, les vignobles limitrophes de notre pays nous ont eux aussi habitués à un matraquage de vanille sur ce cépage. En outre, le fond du vin se tient bien, soutenu par un glycérol ample, une acidité parfaite et une absence totale d'amertume. J'aimerais goûter le même jus avec un élevage plus subtil, car le fruit devait avoir atteint une maturité optimale, soleil oblige.
- Pinot noir 1997, Reserve : le changement de couleur apporte un changement de ton. Belle couleur soutenue de pinot (vermilllon foncé), nez envoûtant de framboise et de fraise des bois, acidité fraîche en attaque ; gras du début à la fin de la bouche. Finale légèrement fumée, aux tannins présents mais sans amertume. Un très beau pinot noir … comme mon humeur à la découverte du prix de vente : 1980 Fb !
- Merlot 1997, Carneros District : carmin intense, fruit vibrant au nez (groseille rouge) avec une pointe lactique (yaourt), acidité légère en bouche et tannins harmonieux. Pourrait présenter un poil de suavité en plus : on évoquerait alors Pomerol, quand une année propice laisse bien mûrir les baies sur les argiles libournaises. Le prix (1500 Fb), lui aussi, fait penser aux Corréziens de là-bas.
- Cabernet sauvignon 1997, Stags' Leap District : merveilleuse robe grenat, nez de cassis et de sureau, tannins très présents, secs sans excès ; finale sur l'alcool et longue rétro-olfaction de type “ pâte de fruits ”. On en oublierait presque qu'il s'agit de cabernet pur, tant c'est bon.
- Cabernet sauvignon 1997, Oakville District : robe voisine du précédent, nez moins ouvert mais tannins plus charnus. Comme ce vignoble constitue le berceau du domaine – on dit “ Home base ” en base-ball, je crois – on nous présente ce vin comme supérieur, bien entendu. Pourtant, son prix reste légèrement inférieur (seulement 1460 Fb).
- Cabernet sauvignon 1997, Reserve : chapeau bas, Messieurs, voilà un vin d'assemblage qui devrait tuer définitivement les “ Californoseptiques ”. On ne fait nulle part au monde de “ claret ” plus excitant : robe grenat foncé, nez d'encre de Chine, de boîte à cigares, mais surtout de cassis, de myrtilles, de pruneau d'Agen et des tannins pleins, charnus, veloutés … j'achète. Ah non : 3.600 Fb, je n'achète pas mais je goûte à nouveau, je ne recrache pas et je pars, sans haine !
Quelques considérations. Développement du thème.
Première pensée
Que Mondavi – vous l'aviez reconnu – sache faire du grand vin, voilà qui ne surprend personne. Que son nouvel agent dans notre pays ait sextuplé les ventes en un an, c'est tant mieux pour lui et tant pis pour les gogos qui ont accepté de payer le prix fort. Que je me sente tellement tenté de parler du tarif, une première après presque 7 années de collaboration à IVV, traduit mon désarroi. Mais laissons cela, d'autant qu'on m'a demandé à table le numéro de mon affiliation au parti, alors que je ne fréquente plus ma cellule depuis 25 ans.
Deuxième pensée
Qu'un cadre prestigieux et central accueille cette présentation peut se comprendre. Qu'un repas soigné serve à “ fidéliser ” la participation des media se discute déjà plus. J'y ai cependant participé, Marie-Madeleine moderne, pour pouvoir vous parler du cabernet sauvignon 1997 “ de base ”, d'un prix public de 950 Fb tout de même, servi sur une découpe d'agneau (en novembre) savoureuse mais banale - le Syrtaki ou le Héraklès du coin la prépare bien également.
Comme le faisait remarquer Herwig Van Hove : “ Si on apposait une étiquette avec la mention “ Montrose ” sur cette bouteille, tout le monde s'extasierait ! ”. Il a raison, une fois encore, sauf que le Château Montrose 1997 coûte 2.299 Fb (à Zonhoven). Finalement, le Californien en devient presqu'abordable ! En outre, ce vin à la robe sombre, au nez très ouvert et aux tannins aimables, a fait merveille sur le plat offert.
Troisième pensée
La presse spécialisée doit-elle servir d'auxiliaire de vente à un grand groupe commercial ? Vous me direz que les magazines moto font vivre l'industrie nippone, italienne ou allemande, que la presse féminine sert de partenaire aux géants du monde des cosmétiques, que la presse médicale creuse encore plus le gouffre de la sécurité sociale. Soit, mais, dans mon extrême naïveté, je persiste à ranger le vin en marge des produits de grande consommation et à considérer le vigneron comme un artisan plutôt qu'une machine-outil.
Où l'on en revient au vin. Info : deuxième partie
Au moment de reconstruire un tout nouveau chai – le plus technologique du monde paraît-il – la maison Mondavi affirme haut et fort la prépondérance des lieux-dits, des terroirs en somme. Pour ceux d'entre vous qui ne sillonnent pas régulièrement les dépots alluviaux du bassin californien – je n'y suis allé moi-même que deux fois – rappelons quelques données locales.
La culture de la vigne ressortit de l'autorité du BATF (Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms), auquel s'adjoindra le comité d'interdiction de l'avortement thérapeutique si Bush est élu président de l'Union. Cet organisme décrète qu'un vin de cépage doit contenir 75% du cépage indiqué, que le millésime doit correspondre pour 90% au vin dans la bouteille et qu'une appellation d'origine garantit à 85% la provenance des raisins. Après cela, je n'oserai plus jamais critiquer l'INAO et prendrai pour une émanation divine l'Institut du Vin de Porto, tant leurs critères paraissent transparents en comparaison.
Or donc, la Californie étale à présent toute une pyramide d'appellations. La dégustation présentée comportait uniquement des vins de la Napa Valley, une bande de terre très fertile (si, si) qui s'égrène de part et d'autre d'un ruban de bitume, appelé Helena Highway, joignant un aéroport, au sud, à Calistoga, au nord. Sur la partie ouest de la route (à votre gauche en montant) s'égrènent des vignobles et des terres à maïs génétiquement modifié (qui disparaissent depuis 15 ans), puis une crète, puis … la Sonoma Valley, au loin. Sur la partie est de la route (à votre droite en montant) s'égrènent des vignobles et des terres cultivées, jusqu'à la Napa, rivière baptismale. En plein milieu, vous trouvez les deux bourgades de Oakville et de Rutherford, qui abritent un grand nombre des usines à vin (“ winery ”) réputées. Malheureusement, cette description sordide correspond tout-à-fait à la réalité. Cette région, aussi laide que le Médoc, peut heureusement, tout comme jadis dans le Médoc, servir à élaborer des vins de grande qualité. On peut aussi y identifier toute une série d'ensembles pédologiques très divers. Par contre, le facteur climatique varie peu, quoiqu'on essaie de nous faire croire. Ceci a amené des producteurs avisés, et Mondavi fait certainement figure de pionnier à ce niveau, à mettre sous pression (“ to lobby ”) le BATF pour lui faire reconnaître des terroirs distincts.
Parmi ceux présentés à la presse belge, trois méritent une petite description.
- Le district de Carneros (parce que la vigne y ressemble à un troupeau de moutons ?), reconnu depuis 1983, sert de pointe méridionale à la Napa et à la Sonoma. Le vent du Pacifique entraîne une certaine fraîcheur et des brumes matinales tandis que le sol, un peu plus pauvre quoique formé de marnes argileuses, pourrait mériter le qualificatif de tardif. Avec beaucoup de logique, on y plante le chardonnay, le pinot noir et le merlot. Chez Mondavi, la densité de plantation va, suivant la pente (jamais vertigineuse, rassurez-vous) de 2000 à 3000 pieds par hectare environ. Encore une pierre dans le jardin des malades du “ 1 m sur 1 m ” ! Le tout donne quand même 6 à 8000 kilos de raisin, bien mûr.
- Le “ Oakville District ” sert de piémont au massif de Mayacamas et constitue en fait une zone de déjection alluviale, étalant des graves argilo-calcaires dont on nous dit fièrement qu'elles permettent un enracinement atteignant 10 pieds (3 mètres) de profondeur ; whawww ! Cette zone accueillit la vigne dès la deuxième moitié du siècle dernier. Le cabernet y règne à présent en maître. Mondavi y installe son nouveau centre To-Kalon (en grec antique dans le texte) et y possède également les 50 ha d'Opus One, le Rothschild d'Outre-Atlantique, en co-propriété.
- Le “ Stags' Leap District ” constitue un cas à part. Ainsi nommé à cause d'une formation rocheuse biscornue émergeant du basalt, patrie de superbes cabernets, il fit l'objet d'une bagarre juridique jusqu'en 1984, car deux sociétés, la Stags' Leap Winery et la Stags' Leap Wine Cellars, revendiquaient l'exclusivité du patronyme. A présent, c'est une appellation reconnue et tout le monde a le droit de s'y référer ; je suppose que les concurrents ont mieux payé le juge fédéral.
Mondavi prouve tout le parti qu'on peut tirer de terroirs différents et, tout de go, brise sa propre démonstration : le meilleur cabernet, et de loin (Reserve) est un vin d'assemblage (blending) provenant de diverses régions. Une fois encore, et cela me réjouit, une population poly-ethnique dame le pion aux races pures. CQFD.
En guise de conclusion
Au-delà de vins blancs sans aucune place dans notre pays, la gamme des vins rouges de Mondavi offre tout ce qu'un amateur sans préjugé gustatif peut souhaiter, certainement pour le type “ clairet à base de cabernet ”. Dans le même temps, les prix affichés (pourtant marginalement moins chers que ceux pratiqués aux Etats-Unis, l'importateur n'est pas en cause) me poussent à vous conseiller d'aller dépenser votre argent ailleurs.
Luc Charlier
In Vino Veritas
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Vos commentaires
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05 03 2006 - 18:26 par Tarzile
Mondavi a eu son heure de gloire au Québec. Je suis particulièrement d'accord avec ce qu'on dit au sujet du Fumé blanc 1997.
L'animateur de groupes de dégustation que nous fréquentions avait eu cette phrase : Plusieurs californiens se sont dit : ils aiment çà, le boisé. On va leur en donner.
Résistez, c'est tout ce que je peux vous dire.
T
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