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Mieux connaître les vins du monde, Jacques Orhon

En février 2000, In Vino Veritas parlait de Jacques Orhon, un an plus tard ils le rencontraient. Voici l'article de Daniel Marcil.

Il y a un an (numéro de janvier - février 2000), nous vous présentions Jacques Orhon, l'organisateur du Concours Meilleur Sommelier du Monde 2000 (Montréal - Canada) ; aujourd'hui nous ouvrons une fenêtre sur le “ sommelier - bourlingueur ” et son carnet de route intitulé “ Mieux connaître les vins du monde ”, paru récemment aux Editions de L'Homme. IVV l'a rencontré à Paris lors de la sortie de son livre. Depuis, l'ouvrage a remporté le Prix du Meilleur Livre sur les Vins du Monde, toutes langues confondues, au Salon International du Livre Gourmand de Périgueux.

En toute humilité...

Comme son titre l'indique dans ce livre, Jacques Orhon n'a aucune prétention exhaustive ni encyclopédique, son seul but étant de “  mieux faire connaître...  ”. Cela nous change agréablement de tous ces bouquins prétentieux qui nous annoncent pompeusement “  tout savoir sur ... ” ou “  guide du parfait ceci et parfait cela  ”. C'est donc avec une plume très personnelle qu'il nous emmène en voyage vinicole sur les cinq continents, dans pas moins de 27 pays. En feuilletant la table des matières, le lecteur remarquera tout de suite que la France et l'Italie n'y figurent pas ; ceci pour la bonne raison que l'auteur a déjà consacré deux ouvrages à ces pays et n'a pas jugé nécessaire d'en faire un résumé qui serait forcément réducteur. C'est tout bénéfice pour l'éditeur, me direz-vous...

... et pour le plus grand nombre


La construction du livre est simple, claire et systématique. On reconnaît la touche du “ prof ” qui a le soucis permanent de bien se faire comprendre ; autant d'années d'enseignement a laissé des traces. Chaque chapitre démarre avec une carte sommaire pour nous situer les vignobles présentés. Ensuite maître Orhon nous brosse un rapide survol historique nous permettant de mieux comprendre l'état des lieux qu'il nous dresse par la suite. Les principales composantes du terroir (latitude, climat, relief...) y sont décrites de manière succincte et le contexte socio-économique nous éclaire sur la qualité actuelle des vins qu'on y produit. Les encadrés de bas de page, comme des aide-mémoire, nous rappellent les principales données du pays : la superficie du vignoble, la quantité de vin produit, la consommation par habitant, le nombre de régions et sous-régions, ainsi que les caractéristiques qui en font sa renommée.

Vient ensuite l'aspect législation vinicole avec les différentes catégories d'appellations propres à chacune. Ce qui aurait pu devenir totalement fastidieux nous apparaît ici avec limpidité. Signalons à ce titre la présentation courte mais efficace de la législation américaine sur les A.V.A. (American Viticultural Area) toujours régie par le B.A.T.F. (Bureau of Alcohol , Tobacco and Firearms ). Petite digression : comme vous l'aurez remarqué dans la  plus grande démocratie de l'univers, Wine et Winchester sont traités comme des " dangers égaux " , ils relèvent donc de la même administration. Mais cessons ces médisances sur ce " grand frère " et revenons à notre ami Jacques qui a déjà préparé son baluchon.

Lorsqu'il aborde la question de l'encépagement, de toute évidence, nous constatons un frétillement plus marqué lorsqu'il s'agit de variétés autochtones. Une fois le décor bien planté, vous êtes invités à sillonner les vignes et à suivre " Orhon le bourlingueur " par le biais de ses rencontres, souvenirs de voyage et autres anecdotes qui foisonnent tout au long de son carnet. L'auteur y exprime ses opinions sans complaisance mais toujours avec une grande ouverture d'esprit. C'est d'ailleurs ce qui fait le charme de sa plume. Chaque chapitre se termine par une présentation de quelques étiquettes de vin accompagnées (au-dessous) de l'intitulé d'un plat que l'auteur suggère (sommelier oblige). Ceci peut s'avérer fort utile lorsque nous ne connaissons pas le vin sélectionné. En général, il s'agit de vins de grande ou moyenne diffusion. Un choix qui peut être discutable mais nous comprenons très bien la préoccupation de l'auteur de s'adresser à un large public et de présenter ainsi des produits dont la disponibilité est assez largement assurée. En effet, il serait vain et prétentieux d'illustrer la production de tout un pays avec des micro-cuvées que seuls quelques aficionados fortunés peuvent se procurer.

En conclusion


J'ai bien apprécié l'approche “ digest ” (en anglais dans le texte) de ce livre car il constitue dans l'ensemble un résumé bien mastiqué donc parfaitement digeste (en français dans le texte). J'ai été particulièrement séduit par le long chapitre consacré aux vignobles canadiens (25 pages). Ici l'auteur s'est fait plaisir et on le comprend. “  Mieux connaître les vins du monde  ” est un ouvrage qui a sa place autant chez l'amateur débutant, qui souhaite évoluer dans sa quête vineuse de manière “ décoincée et sans préjugé ”, que chez le vieux routier du goulot (souvent même un peu blasé parce qu'il croît avoir déjà tout " tasté " ) et pour lequel ce livre s'avérera fort utile afin de réviser une matière volumineuse sans avoir à double-cliquer des milliards de fois au quatre coins de la " toile  " .

Rencontre avec le vino-globe-trotter

IVV  : Comment s'organise l'écriture d'un livre consacré à un si vaste domaine ; disposez-vous pour cela d'un réseau de collaborateurs à travers le monde ?

J.Orhon : “  J'avoue que cela a été un sacré défi, car au départ je me suis demandé si j'étais capable d'écrire sur 27 pays. Je ne dispose d'aucun réseau, c'est l'aboutissement d'un travail en solitaire mais je dois préciser que j'ai reçu le soutien précieux d'un grand nombre de personnes responsables de la promotion des vins au Québec ”.

IVV  : Le fait de vivre au Québec, un pays pas vraiment reconnu pour sa production vinicole, cela vous a-t-il favorisé dans la découverte de la “ planète vin ” ?

J.Orhon  : “  Grâce au travail des agences (privées) responsables de la promotion des vins distribués par la Société des Alcools (monopole d'état), j'ai la possibilité de rencontrer toutes les semaines, à Montréal, des producteurs de partout dans le monde et de déguster les vins qu'ils viennent nous faire découvrir. Je peux même dire aujourd'hui que si je ne m'étais pas un jour établi au Québec (Jacques est breton d'origine) je n'aurais probablement jamais écrit ce livre. Au Québec, les consommateurs n'ont pas d'a priori, pour eux il est aussi normal d'acheter un Muscadet qu'un Sauvignon de Nouvelle Zélande. Dans la petite ville de Sainte-Adèle où j'habite (9000 habitants), j'ai accès à des vins en provenance de plus de trente pays. En comparaison, je ne connais aucune ville de France de cette taille ni même plus importante qui peut offrir un choix aussi diversifié tant en quantité qu'en qualité ”.

IVV  : Les régions que vous présentez dans votre livre, vous les avez toutes visitées ?

J.Orhon : “  La plupart des pays dont je parle, je les ai visités et certains à plusieurs reprises ; mes tournages pour la télévision m'offrent la chance unique de découvrir beaucoup de vignobles. Bien sûr, il y a quelques vignobles dans mon livre que je n'ai pas visités, mais, évidemment les vins, je les ai dégustés. Par contre je peux vous dire qu'il y a des régions que j'ai visitées dont je ne parle pas et cela, le plus souvent, parce qu'on y produit peu de vins et que ceux-ci ne sont pas exportés. Par exemple, le vignoble japonais de Yamanachi que j'ai visité, je n'en parle pas ; le vignoble anglais non plus  ”.

IVV  : A l'issue de ce tour des “ vins du monde ” quels sont vos réflexions à propos du “ monde du vin ” ?

J.Orhon :“  Ayant été amené à faire l'analyse de la viticulture dans bon nombre de ces pays, je retiens que dans les nouveaux pays producteurs une réelle maturité commence à voir le jour. Je pense entre autre à la Californie ou encore au Chili qui ne plante plus n'importe quoi n'importe où. Il y a donc aujourd'hui une vraie recherche du terroir, notion pour laquelle les français ont toujours été les plus forts. De plus, il faut porter une attention particulière à certains pays en émergence, par exemple l'Argentine qui possède un sens presque méditerranéen du vin  ”.

IVV  : Est-ce que vous croyez que cette communication autour du terroir constitue un réel retour aux sources ou plutôt une autre facette du marketing?

J.Orhon :: “  Bien entendu il y a encore pas mal d'opportunistes mais, heureusement, je vois aussi au cours de mes reportages des producteurs engagés dans la compréhension fine de leur terroir, des gens qui ont compris, dans l'école française, et italienne aussi, la relation indéniable entre la terre et le raisin  ”.

IVV  : Une dernière question dans le style “ l'aile ou la cuisse ”. Vins de négoce / Vins de propriété : complémentarité ou opposition ?

J.Orhon :: “  Plutôt complémentarité, la preuve c'est qu'il y a maintenant de grandes maisons de négoce qui, pour se démarquer, produisent aussi des petites cuvées haut de gamme à l'instar des vins de propriétés, ce qui en définitive sert à revaloriser leur image, d'autant plus qu'elles disposent des moyens financiers nécessaires pour y parvenir. Mais hélas il existe toujours de gros négociants qui mettent en bouteilles de la grosse cavalcade, des vins totalement inintéressants, ceux là même qu'on trouve en France dans les supermarchés dans des proportions affligeantes  ”.

Daniel Marcil
In Vino Veritas


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