26.04.2004
- HISTOIRE
Le
clou de girofle
Si
cet article vous rappelle qu'il vous faut prendre rendez-vous chez
le dentiste, j'en suis désolé. Il n'empêche
que tout un chacun connaît l'odeur du clou de girofle grâce
à cet homme de l'art.
L’histoire du clou de girofle,
la plus populaire mais aussi la plus mystérieuse des épices, pourrait
faire l’objet d’un palpitant roman d’aventures. D’où vient-elle ?
Les chinois qui l’utilisaient dès le IIIème siècle avant notre ère
pour se parfumer l’haleine ignoraient déjà sa provenance exacte.
Ils l’achetaient en Inde orientale et savaient seulement qu’elle
provenait des îles du Sud-Est, à des mois de navigation. Plus tard,
des marchands arabes l’achètent lors de leurs pérégrinations dans
le golfe du Bengale et la mer de Chine pour l’approvisionnement
des marchés syriens et libanais. De là, elle parvient à Rome où
elle fut très recherchée. Son heure de gloire sonna au Moyen-Age,
dans la cuisine où elle entre dans 15,55% des recettes des Viandier
et 14,79% de celle du Ménagier de Paris, et dans la pharmacopée
où elle est la panacée dans la lutte contre de vilaines maladies
comme la peste, la catarrhe et … l’impuissance. Le clou de girofle
vaut extrêmement cher, tout le monde en veut mais personne ne sait
d’où elle vient. Et si quelques uns le savent ils se gardent bien
de divulguer leur secret qui faisait leur fortune.
Marco Polo pensait qu’elle
venait du sud du Tibet, ou de Java voire des parages de Sumatra.
Vasco de Gama apprit d’un roitelet africain qu’elle était cultivée
dans les îles Célèbes. Mais ce fut Albuquerque qui découvrit que
les Moluques étaient bien la source des girofles. Un des capitaines
de la flotte d’Albuquerque, Serrao, fit naufrage et fut recueilli
par des malais qui allait chercher la girofle à Amboine des Moluques
dont il devint vice-roi : des îles au nom aussi poétiques que
Miaou, Babar et Zzubu.
Après de multiples et cruels
combats contre les anglais, les hollandais se rendent maîtres des
Moluques et de la précieuse girofle. Ils font cultiver les girofliers
uniquement sur les îles de Ternate et d’Amboine par des indigènes
sous haute surveillance et détruisent les arbres partout ailleurs.
Ce monopole ne plaisait
pas à tout le monde car il faisait grimper les prix d’un
produit dont on importait 9000 livres par an, en France, à la fin
de l’Ancien Régime ; aussi la Compagnie Française des Indes
missionna-t-elle Pierre Poivre pour aller chercher ce fameux clou
de girofle. Lors d’un premier voyage, il transporta clandestinement
quelques plants de muscadier de Timor à l’île de France, sans résultat.
Nommé, par le duc de Praslin, Grand Intendant des Mascareignes,
il réussit à obtenir quelques plants des épices séquestrées par
les hollandais qui furent plantés dans l’île de La Réunion. Il n’y
eut qu’un survivant qui est l’ancêtre de tous les muscadiers de
la Réunion, de Maurice, de Madagascar, de Cayenne, de Saint Domingue
et de la Martinique, des Comores, des Seychelles et de Zanzibar,
maintenant le plus grand centre giroflier du monde.
Le giroflier est un arbre
persistant magnifique qui peut atteindre une dizaine de mètres de
haut. Il aime le climat tropical, humide et chaud, il a donc élu
domicile spontanément dans les îles tropicales. Ses feuilles ressemblent
à celles du laurier et ses fleurs ont de beaux pétales jaunes que
l’on ne voit jamais puisque l’on cueille les boutons avant qu’ils
ne deviennent des étamines. Ces boutons sont cueillis dès qu’ils
commencent à rosir. Mis à sécher sur des nattes au soleil, ils virent
au brun foncé et prennent cette forme de vieux clous, pendant ce
séchage, ils se gorgent de saveurs et de senteurs. Il contient une
huile essentielle qui lui donne cette odeur si caractéristique qui
s’évapore lorsqu’on le broie.
Le clou de girofle purifie
l’haleine, comme on l’a déjà dit, et soigne les maux de dents, car
il a des pouvoirs anesthésiants, cicatrisants et désinfectants.
En cuisine, il entre dans
la poudre des cinq parfums chinois et de nombreux mélanges d’épices
indiens. Planté dans un oignon, il relève les bouillons du pot au
feu, les marinades, les pâtés et les civets où son alliance avec
l’ail fait merveille, les pains d’épices et certaines boissons :
tisanes ou thés parfumés, jus de fruits et vins chauds. Il se marie
particulièrement bien avec la pomme, la poire et l’orange. C’est
pourquoi on l’utilise pour réaliser la pomme d’ambre : délicat
parfum d’intérieur. Il suffit pour cela de piquer une orange de
clous de girofle.
Recette - Thé
aux épices
Ingrédients
pour 1 tasse :
- 1 pincée de thé de Ceylan
- 2 clous de girofle
- 1 bâton de cannelle
- 3 gousses de cardamome
- sucre
Préparation
:
- Faire bouillir tous les ingrédients ensemble pendant 5 minutes
- Filtrez avant de servir et sucrez selon votre goût.
Recette
- Tisanne épicée et digestive
Ingrédients
pour 1 tasse :
- 1 pincée de verveine, de tilleul ou de mélisse
- 2 clous de girofle
2 bâtons de cannelle
- 1 zeste d’orangedu sucre ou du miel.
Préparation
- Mettre dans une mousseline épices et zeste d’orange et nouez-la
avec un fil de cuisine.
- Faites bouillir de l’eau, y mettre les feuilles de l’infusion
et la mousseline.
- Laissez infuser trois minutes.
- Servir chaud et sucré selon votre convenance.
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Clou de Girofle |
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