20.12..2004
HISTOIRE
Le
Chocolat
Le
chocolat, divine drogue douce, évoque toujours le plaisir.
Bol de chocolat fumant et carrés de chocolat de notre enfance.
Odeur irrésistible du gâteau au chocolat qui cuit dans
le four et fins palets qui fondent sur la langue... Les toqués
du chocolat sont nombreux et pour eux et pour ceux qui restent à
convaincre, une histoire à croquer va vous être contée.
Au commencement du monde
était le cacao. Dans les forêts chaudes et brumeuses
d'Amérique Latine poussait un arbre toujours vert dont le
fruit réjouira l'humanité : Théobroma Cacao
L - la nourriture des dieux - que les hommes, dans leur grande sagesse,
s'approprièrent.
Les premiers hommes à
avoir goûté le chocolat furent les Olmèques
qui habitaient les jungles humides au sud-est du Mexique il y a
3000 ans. Ces civilisations, dites primitives, inventèrent
toutes sortes de techniques élaborées et d'arts remarquables
dont l'invention du chocolat en est la synthèse. En
maîtrisant la fermentation, le séchage, la torréfaction
et le concassage des fèves, iIls ont su transformer les graines
amères des cabosses en une boisson qu'ils nommèrent
"Kakaw", originellement réservée aux rois,
nobles, guerriers et marchands : l'élite de leur société.
C'était un produit tellement précieux que les graines
servaient de monnaie et que la boisson célébrait les
grands évènements de la vie : mariages, fiancailles
et tous les types d'alliance et était offerte aux morts.
Toujours consommée en tant que boisson, le chocolat, mêlé
à de l'eau et à du maïs (si l'on considère
la manière dont il est encore fait au Mexique) était
aromatisé de vanille et de piments - mode que les espagnols
ont perpétuée un temps - peut-être était-elle
adoucie de miel ou de "sucre", jus tiré des tiges
de maïs. Les Olmèques et les Mayas le versaient depuis
des pots en terre cuite munis de bec verseur d'une certaine hauteur
dans des coupes afin d'obtenir de la mousse, considérée
comme le meilleur du chocolat et que les Aztèques mangeaient
à l'aide de cuillers en écaille de tortue. Lors des
banquets, le chocolat était servi après le repas et
on le buvait en fumant des pipes de tabac. Voilà des hommes
qui savaient vivre !
Qu'y avait-il de si extraordinaire
dans ce prestigieux cacao qui en faisait la boisson réservée
à l'élite d'un peuple ? Les fèves de cacao
contiennent deux alcaloïdes stimulants, des " méthylxantines"
: la caféïne et surtout la théobromine dont les
effets conjugués donnent de l'énergie à ceux
qui en consomment et mieux encore de l'euphorie. Les Mexicains continuent
à boire le cacao comme le faisaient leurs lointains ancêtres.
Si vous voulez faire un voyage dans le temps, allez à Oaxaca
et, attirés par l'odeur, entrez dans une boutique qui fabrique
encore le chocolat selon les recettes ancestrales. Vous choisirez
de belles fèves torréfiées que le marchand
moudra avec un bâton de cannelle et des amandes, ensuite il
ajoutera du sucre et le passera de nouveau dans le moulin.Vous serez
alors l'heureux possesseur d'une pâte moelleuse et odorante
dont vous ferez l'usage qu'il vous plaira. Au Mexique, on l'incorpore
encore à des boissons, en le faisant fondre dans de l'eau
ou du lait, en le montant avec un fouet et en y ajoutant du miel,
du sel ou du piment. Ce cacao entre dans la composition de nombreuses
boissons populaires comme l'atole et le tescalate, il est parfois
ajouté aux pâtes de certains tamales et dans l'assaisonnement
des plats de viande. Cette manière de faire tient à
la fois des qualités gustatives et gastronomiques du chocolat
et des souvenirs des rites ancestraux.
Le chocolat fut ramené
comme un trésor en Europe par les conquistadors. Le cacao,
auquel les espagnols rajoutèrent du sucre de canne pour le
rendre moins amer, devint une boisson extrèmement populaire.
Très vite, on préconisa différentes recettes
pour le préparer de la meilleure façon qui soit, reprenant
les recettes traditionnelles des Aztèques et y ajoutant les
délices de l'époque : fruits secs - amandes, noisettes
et noix - et les précieuses épices : cannelle, clous
de girofle, poivre, gingembre et noix de muscade râpée.
On le consommait au déjeuner et au goûter comme maintenant,
accompagné de pains et de biscuits et d'un verre d'eau rafraîchissant.
Cette fièvre du chocolat se répandit dans toute l'Europe,
d'abord dans les pays sous domination espagnole, même si Charles
Quint n'en raffolait pas : Italie, Pays Bas, Portugal, puis en France
et en Autriche grâce aux infantes espagnoles, qui, elles,
en étaient folles, et qui, en devenant reines, apportaient
dans leurs bagages et leurs dots ce chocolat qui eut des amateurs
célèbres : Mazarin, Madame de Sévigné,
l'impératrice Marie-Thérèse et Napoléon.
En France, Louis XIV donne, par lettre patente, à David Chaillou,
propriétaire d'une boutique rue de l'Arbre sec à Paris,
le privilège exclusif de " fabriquer et vendre une certaine
composition qu'on nomme chocolat sur toute l'étendue du royaume"
et ce pour 29 ans. Cette gourmandise, très chère,
resta l'apanage des plus riches.
L'Angleterre le découvrit
au XVIIème siècle, en même temps qu'elle conquit
la Jamaïque et subit le même engouement que le reste
de l'Europe comme le prouve les carnets de Samuel Pepys et l'ouverture
de la première maison de chocolat qui fera de nombreuses
émules dans ce pays. Les anglais lui firent retraverser l'Atlantique
vers l'Amérique de Nord cette fois-ci, mais aussi dans toute
leurs colonies. Le chocolat avait enfin conquis le monde entier.
De gourmands pâtissiers le transformèrent en de sublimes
gâteaux : Sacher Torte, Fondant, Reine de Saba, tartes, soufflés,glaces,
truffes, et d'ingénieux inventeurs conçurent des procédés
pour en faire de la poudre, des tablettes, des bouchées,
des bonbons et des barres chocolatées.
C'est ce que nous verrons
dans le prochain épisode des aventures du chocolat où
nous aprendrons à reconnaître et déguster cacaos
et chocolats.
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